Retrouvez la librairie le Neuf à la Festoye du Mansuy, au Parc de l'Évêché de Saint-Dié-des-Vosges, accompagnée d'auteurs, avec des ateliers et des conférences animées par Laurent V. !
Le programme au complet ci-dessous !
Samedi 4/07 à 15h, au cloître : discussion-conférence avec Fabien Cerutti, auteur de la saga "Le bâtard de Kosigan", chez Mnémos.
Dimanche 5/07 à 11h, au cloître : discussion-conférence avec Thierry Leroy, auteur de la "naissance des templiers" chez Passés/Composés
Mais au fait, c'est quoi la Festoye ?
Quelques recherches, un peu d'envie, nous souhaitions vous partager un texte que nous avons trouvé, traduit du latin tel qu'on le pratiquait dans les Vosges au Moyen-Âge revisité par Laurent V...
Contes et légendes véritables en terre du bienheureux Déodat
De la roche qui voit haut sur la vallée descendait une sente étroite où fougères et armoises trempées relâchent l'eau de la nuit. Volutes, panaches arrachés à la terre, léchaient alors les bras épineux, les galles du hêtre. Entendez ! Plus bas, encore plus bas bruissait la source rouille, clapotis ruisselant sur le silence de la Voug. Aux abords, l'oratoire, fut-il païen autrefois, se languissait du retour de son maître. Ainsi, loin de son Eire natale, l'ermite, barbe de cendre frémit sous l'onde. Les racines plantées dans l'humus, le Bonhomme filochait au plus profond de la brume. Dans un soupir, la poigne décidée, le bras leste libéra la hache, qui comme jadis fendit le gris du temps. Plus tard, le loup hurla quand enfin, du Petit Saint-Dié il vit...
Rose de grès, au-delà du Kemberg, les cieux sourdent mordorés à l'heure où tout se tait. Sombreurs mouvantes, la sylve lentement enténèbre la Murta, alors que, las du voyage, au pas de ses pas douloureux, Martin se présenta à la ville.
Le commandeur de l'ordre chemina jusqu'aux portes, fourbu après un long voyage. De la débâcle du Tunis, il avait regagné la Sicile, plus tard le continent, ralenti par la faim et la maladie. Enfin, les années passèrent avant qu'il ne rejoigne la commanderie de Brouvelieures et les bois de Chevillot qui l'avaient vu consacré.
Entrant dans le bourg nouvellement fortifié, le frère-chevalier pressa sa monture, regardant haut la tour du beffroi brûlante des lueurs du couchant. Que de compromis et de concessions donnés au duc de Lorraine, vendre ainsi la ville du bienheureux Déodat pour une muraille chiche à regarder et la féauté du lieu. Ces chanoines n'avaient-ils donc nul honneur ?
L'homme poussa son destrier alors que la vue de la pierre hardie le saisit ; bloc de grès massif d'où le grand prévôt rendait justice, et plus encore celle du gibet au loin sur la colline de la Corvée. Ainsi, dans le vent de l'été, dansaient quelques malheureux au bout de la corde ; pensées amères, l'affaire le menant ici présent pourrait bien l'y conduire à son tour.
Tout avait commencé lorsque de ses gens s'en étaient allés couper du bois en forêt de Mortagne et que le chapitre de Saint-Dié en prit ombrage. Ces moines gourmands en avaient alors revendiqué la propriété, allant jusqu'à solliciter le prélat qui, soucieux de percevoir l'impôt, diligenta un sergent zélé et sa troupe.
Que croyaient-ils ? Ce ne sont que de misérables usuriers, avides de l'argent des mines qu'ils exploitent au même titre que celui de leurs cerfs qu'ils extorquent.
Je décidais alors, moi, Martin, commandeur de l'ordre du Temple, de raccourcir le sergent et sa suite, de libérer mes cerfs et ainsi faire valoir mes droits et mon domaine. Pourtant, me voilà en ce jour devoir pacifier nos relations avant que l'affaire ne remonte aux oreilles de l'Évêque de Toul. Le chapitre s'engraisse sous les richesses et, plein de son autorité, il est fort à parier que Conrad Probus ne prenne le parti des chanoines.
Laissant dans son dos le château de La Cours, méprisant les regards des gueux en défroques nouvellement installés en ville, Martin remonta la rue du Chapitre, fixant avec ardeur le monastère de la Jointure, splendide citadelle de grès rose où le Robache rencontre la Murta.
Mettant pied à terre à l'angle de la rue Rochatte, le croisé mena sa monture par la bride dessous la herse jusqu'à la cour où un palefrenier en saisit les rênes. Sans plus attendre, Warin Guarinus, le doyen, vint l'accueillir et le mena au cloître où les chanoines réunis l'attendaient.
Ainsi il fut dit :
« - Frère Martin, nous avons accepté de vous recevoir en ce jour afin de mettre un terme au différend qui nous oppose. En effet, non content de laisser prospecter vos gens sur nos terres, vous avez, alors même qu'il était de notre droit de punir ces marauds, occis un sergent et sa troupe. Qu'avez-vous à dire pour réparation du tort causé à notre ordre ? - J'ai à dire, doyen, oui j'ai à dire. Ces hommes sont de notre justice et de notre avouerie ; nul autre que moi ne peut les contraindre ni les amender ! - Il suffit de votre insolence, Martin ! Prenez garde, commandeur, votre confrérie ne vous protégera pas ici. Vos gens et vos frères ont commis le pire des méfaits sur la terre du bienheureux Déodat ; vous êtes justiciable du chapitre et il en coûtera plus que quelques têtes. Vous perdrez ici vos domaines, la fin de vos privilèges, et le scandale souillera autant votre ordre que votre honneur. »
Battu, Martin ne chercha pas à lutter ; aussi baissa-t-il les yeux et mit genou en terre.
« - Je confesse les excès et la violence au détriment de la paix chrétienne et me rends à votre jugement. Aussi, je promets à jamais l'amitié et la concorde entre le Temple de Brouvelieures et le chapitre de Saint-Dié. - Bien, reprit Warin devant les chanoines assemblés. »
Il tendit la main alors qu'un moine lui apporta un document qu'il présenta à Martin.
On pouvait y lire :
La commanderie de Brouvelieures reconnaît en ce jour que la forêt de Mortagne se trouve sous la juridiction du chapitre de Saint-Dié. Ainsi, l'exploitation de ces ressources est soumise à notre bénéfice. Le Temple livrera à notre juridiction les gens qui ont violé nos terres et profité des ressources qui sont les nôtres, maintenant et à jamais. Encore, le chapitre percevra un cens de 32 écus d'argent par an afin de ne jamais oublier la paix qui nous engage aujourd'hui. Ainsi avons-nous fait apposer nos sceaux à la présente lettre, renonçant à toute ranc½ur, action ou demande née des différends passés.
Le templier ne put que serrer les dents et baiser la main du doyen qui le saigne.
Le chanoine reprit :
« - Levez-vous, Martin ! Je vous convie, vous et votre ordre, à nous remettre les coupables sous huitaine ; alors il sera bon de fêter notre amitié retrouvée. »
Ainsi, de guerre las, les chevaliers du Temple livrèrent les impudents coupeurs de bois à la justice divine et une grande Festoye vint sceller le serment ici prononcé sous le regard morne de quelques bûcherons dansant au bout de la corde.
Le temps a passé, et de par les siècles il n'est pas rare de retrouver, début juillet, moult foule venue du val de Galilée, de par le Haut-Jacques ou descendue du Bonhomme, festoyer aux abords de la Corvée dans le parc de l'Évêché.
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